Au delà de cette nuée de voitures qui vont et viennent dans un ballet incessant et bruyant, Flavio a remarqué la présence d'un Hôtel de style colonial qui est situé quasiment en face du building.
Par un heureux hasard, une véritable haie d'honneur de véhicules s'est constituée quelques mètre plus loin, aux abords d'un passage piéton.
Saisissant l'occasion, Flavio se mêle à cette horde de passants pour rejoindre l'autre versant du boulevard.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Hôtel "El pais" montre une mine des mauvais jours avec ses meubles rustiques vieillots et ses murs décrépis.
Ce vieux bougre qu'est le réceptionniste le dévisage d'un air étrange, mais il ne cherche pas à en savoir plus sur lui en ces temps de disette pour l'établissement hôtelier.
Une chambre de bonne du 10ème étage est donc rapidement louée pour une heure, "durée de séjour" assez courante dans ce pays en raison du développement de la prostitution.
Notre homme de main embarque dans l'ascensceur qui doit le mener au 10ème étage, trajet pendant lequel il pourra entendre les tremblements réguliers et inquiétants provenant de la carcasse métallique.
Au final, sa chambre est bien à l'image de ce que l'Hôtel a pu offrir jusqu'à présent : la moquette est dans un état lamentable, les tapisseries se décollent des murs, et enfin la couche du lit repousserait le gamin le plus sale de toutes les favellas.
Immédiatement, Flavio déballe les quatre éléments de son UZI 730 sur le lit, puis assemble ces pièces une à une avec une facilité déconcertante.
"La gâchette" ouvre ensuite la fenêtre, dispose une boîte de cartouche de 12 mm sur le rebord de celle-ci et fait de même pour la photo de sa cible, Pancho.
Tout ce qu'il connait de de Pancho se résume à cette photo et le fait qu'il soit considéré comme un personnage politique important.
A présent, Flavio s'installe devant la fenêtre et prend possession de son fusil à lunette.
Dernières mesures, derniers réglages : chambrer la cartouche, rabattre le levier d'armement, régler la précision de la visée grâce à une molette.
Le jeu du chat et de la souris peut ainsi débuter, que la fête commence...
La joue collée à la crosse de son arme et le canon en appui sur la grille en fer forgé de la devanture, Flavio balaye de la lunette de son fusil les entrées et sorties du building.
Le doigt est positionné sur la détente de façon à être prêt à faire feu.
La pression monte et il ne peut s'empêcher de serrer entre ses dents la chaîne de ce frère perdu...
Soudain, trois colosses vêtus d'un costume noir sortent de l'établissement, ils sont suivis de suite par un homme de forte corpulence portant un tee shirt noir et un short gris.
Flavio reconnait de suite Pancho.
Pour mieux réussir sa mission, Flavio a pris l'habitude de se parler à lui même : "se concentrer...rester calme...ajuster la tête dans l'organe de visée...s'obliger à penser qu'il est responsable de la mort de mon frère....et ... et.... tirer.".
La détente pressée, le coup part dans un bruit de pétard mouillé qui s'évapore dans la mégapole.
Mais notre homme de main n'atteindra pas son objectif cette fois ci, et pour cause : un des colosses du service de sécurité de Pancho vient de le projeter au sol quelques secondes avant l'impact pour lui éviter une mort certaine.
Peu avant de faire ce geste, ce gorille était au téléphone, ce qui laisse présumer que Flavio a été repéré.
Cette pensée n'effleure même pas Flavio qui recharge son UZI 730, à la recherche d'une autre opportunité de faire mouche.
C'est alors qu'une sensation de brulûre intense au niveau du front l'interpelle...
Il n'a que le temps de constater que du sang coule à grand flot le long de son oeil gauche et il s'écroule sur le flanc, ce trou de quelques centimètres sur le front l'ayant fait choir comme un pantin désarticulé.
Le bourreau de Flavio se prénomme Ricardo, il a 27 ans et travaille depuis 8 ans pour le service de sécurité de Pancho.
C'est lui, et lui seul, qui a permis de préserver la vie de son employeur en avisant à temps l'escorte au sol.
Ceci est un véritable paradoxe, car dans un passé pas si lointain que cela, Ricardo était...tueur à gage comme sa victime du jour.
Du haut de son building, Ricardo prévient l'équipe d'escorte au sol que le danger a été écarté.
Quand son regard se porte pour la dernière fois en direction de l'Hôtel, Ricardo se signe, puis il ajoute intérieurement : "Paix à son âme".
"Paix à son âme", oui...et que Dieu ait pitié de celles qui sont responsables de ce commerce de la vie.